Petite histoire terrifiante du libéralisme des opérateurs mobiles Belges

Publié le par El Loco

La Belgique, ce petit pays discret n'en est pas moins l'un des leaders sur le marché des SMS. L'offre de service est pléthorique et la consommation quasie disproportionnée pour le plus grand bonheur des acteurs du marché.

Le libéralisme en la matière est certainement ce qui a rendu le marché Belge aussi actif. En effet, jusqu'il y a peu de temps tout ou presque était possible en matière de SMS. Le business model était d'une souplesse inégalée et le ticket d'entrée plus qu'abordable.

Le business le plus rentable est de loin la "rencontre"... une immense arnaque à la Belge. Ouvrez le Vlan (journal gratuit d'annonces francophone) et vous trouverez un nombre ahurissant de jeunes femmes charmantes cherchant des hommes. Curieusement cependant, pour entrer en contact avec elles il faut envoyer un SMS à un numéro court et préciser le pseudo de ladite jeune femme.

Rapidement la jeune femme s'avère particulièrement bavarde et coquine et pourtant elle ne se présentera jamais aux rendez-vous galants du pauvre homme qui lui y croit. Elle trouvera toujours une bonne excuse pour se rattraper du lapin posé. 

Un peu moins rapidement mais de manière assez violente il est fréquent que l'homme (la clientèle étant principalement masculine) se retrouve assomé par une facture de téléphone portable particulièrement lourde et douloureuse. A raison de 1 euro le SMS envoyé et 1 euro le SMS reçu et à raison d'une dizaine de SMS par jour pendant admettons 10 jours et vous avez déjà la confortable somme de 100 euro à régler. Pour peu que l'interlocutrice brille d'un savoir faire en matière de rétention masculine et on arrive sans problème à des factures nettement plus importantes. J'ai même vu certains consommateurs de ces services se retrouver intérdit bancaire pour cause de banqueroute. Et vous ne me croirez peut-être pas mais, confronté à un bug dans l'une de nos applications SMS nous avons découvert un "client" ayant "consommé" plus de 6000 SMS à 1 euro en moins de 3 mois!!!!! 

Je peux vous dire une chose, lorsque l'on est confronté à ce genre d'événement on se sent vraiment mal, on se met à puer le salopard. Voilà un pauvre bougre qui va devoir racler les fonds de tiroir un moment pour payer sa facture de téléphone et le tout sans jamais rencontrer celle qui lui aura coûté 6000 euro.

Mais oui car cette Félicia ou Johanna ou encore Martine, oui elle, l'âme féminine esseulée qui cherche comme lui, dit elle, l'amour de sa vie... et bien cette jeune femme est, au gré des heures ou du hasard une jeune mère de famille, une polonaise travaillant au noir pour un type sans scrupules, un étudiant, la secrétaire d'un carossier visionnaire, une espèce de folle dingue déjantée gérant quelques services de téléphones roses, une jeune fille d'à peine 20 ans à qui son père à monté un business de cul, un couple au chômage se relayant devant l'écran d'ordinateur qui fait bip dès qu'un message est reçu. Oui cette Caroline, cette Amandine, cette satanée Joséphine est tout ce que vous voudrez SAUF cette jeune femme à la recherche de l'amour.

Et alors quoi me dira-t-on... s'il y a des gens assez idiots pour y croire. Oui! c'est vrai! il y a des gens assez naïfs pour y croire et même des femmes figurez-vous, même des femmes.... un jour nous avons reçu un coup de téléphone d'une femme justement, en larme, la gorge nouée. Elle nous explique entre deux sanglots qu'elle souhaite que nous passions un message à un certain Frédéric dont elle est tombée amoureuse en chattant par SMS. Malheureusement elle ne peut plus chatter avec lui car sa ligne a été coupé par son opérateur. Elle ne pouvait plus payer les factures. Mais comment aurait-elle pu les payer ces factures en étant au chômage et jeune mère célibataire lâchée par le père de son enfant qui refuse de lui verser le moindre sous? Comment. Et comment expliquer à cette jeune femme pleine de désespoir que ce Frédéric dont elle est tombée amoureuse est selon les jours un homme ou une femme et que, depuis toutes ces semaines elle a eu, à son insu, plus d'une dizaine d'interlocuteurs qui, les uns après les autres, avec habileté ont habités ses rêves sous la forme d'un Prince Charmant au doux prénom de Frédéric?

Je vous le dit, lorsque vous raccrochez vous vous demandez si vous êtes un monstre car c'est sur la misère sentimentale de centaines de personnes qu'est ponctionné le salaire de votre petit confort. Ce jour là vous ne vous sentez pas un homme.

Et des histoires comme celles-ci il y en a à la louche. Mais rares sont ceux qui se plaignent. Rares sont les clients qui osent prendre leur téléphone et expliquer à une opératrice de leur compagnie de téléphone mobile qu'ils ont été victimes d'un service pour adulte. Car c'est vrai, ces gens seuls, depuis parfois si longtemps, souvent d'un naturel timide et réservé préfèrent manger leur pain sec en silence et se blâmer eux-même de leur bêtise plutôt que d'oser porter plainte et ainsi de prendre le risque de voir exposer au grand jour la faiblesse qu'ils ont eu de consommer du sexe virtuel, de subir les railleries et moqueries de collègues qui n'attendent que la première occasion pour briser un homme.

Et, derrière la scène, tout sourire se retrouve à un gala les représentant des opérateurs, les prestataires techniques dont je faisais parti, les éditeurs de services qui, à force de tappes amicales dans le dos, de discours visionnaires, de prix et récompenses diverses et d'une montagne de mets délicieux se félicitent de la croissance exponentielle des revenus des SMS.

Ah monde cruel. Et le pire dans cette histoire c'est que ça ne s'arrête pas là. Contrairement à la France où les éditeurs de services SMS n'ont qu'un alias du véritable n° GSM de leur client et un alias à la durée de vie limité qui plus est, les Belge eux ont le n° tout court. Ils peuvent ainsi constituer une base de données de n° et relancer, régulièrement leurs clients. Et pour chaque relance le client se verra facturer l'euro fatidique. Et pour peut que l'éditeur de service soit organisé et prévenant il pourra aussi envoyer un petit SMS gentil pour souhaiter la bonne année à tout ces gens si généreux avec lui. Imaginez, 10.000 sms à 1 euro... ça fait un joli binus ça pour Noel vous trouvez pas? Sans compter qu'il y a aussi les anniversaires... et oui... ça marche aussi les anniversaires... qui n'aime pas recevoir un petit message le jour de son anniversaire hein? qui?

Alors tout comme en France il ne faut pas croire que l'éditeur de service engrange à lui tout seul ces fameux 1 euro par SMS... non non non tout au plus il gagnera entre 40 et 50 cents par message, le reste ira à l'Etat grâce à la TVA, aux opérateurs mobiles et aux intermédiaires techniques... sans oublier non plus que l'éditeur paiera de son côté ses "opératrices" pour chaque message qu'elles auront envoyé à leur "client" solitaire. Mais bon dans l'ensemble ça fonctionne pas mal comme petit business et en plus c'est pas franchement sorcier à mettre en place.

Et le plus triste dans cette histoire c'est qu'un jour j'ai eu rendez-vous avec un prospect très sympatique qui souhaitait monter un service de soutien moral par SMS. Et pas du bidon, un véritable service de soutien psychologique pour aider les personnes traversant un moment difficile dans leur vie à trouver la motivation de s'en sortir. Mais il n'y a rien eu à faire. Son service est tombé à l'eau. Il était trop honnête et conscient du pouvoir qu'il aurait eu et de la facilité avec laquelle il pouvait abuser de la confiance de ses interlocuteurs.

En conclusion le libéralisme des opérateurs de téléphonie mobile en Belgique était tel qu'ils n'auraient jamais sanctionné un éditeur de service verreux mais bien plutôt un client "mauvais payeur". Heureusement les temps changent. Les clients connaissent mieux le marché, les opérateurs ont eux aussi compris qu'ils ne seraient pas gagnant sur le long terme avec de telles pratiques mais il subsiste encore ici ou là quelques businessmen et quelques intermédiaires techniques prêt à flirter avec la ligne rouge. N'hésitez... balancez les!
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Publié dans SMS Belgique

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